La scolarisation massive des filles jugée comme une discrimination positive reste un défi à relever au Burkina. Ce challenge du ministère de l'Education nationale bute sur des facteurs entravant qui interpellent la communauté éducative. Celle-ci cherche à cerner efficacement l'environnement propice à l'éducation de la fille en âge d'aller à l'école. Le pasteur Philippe Ouédraogo, fait partie du cercle de ces activistes en éducation. Il s'est, dans sa thèse de doctorat, intéressé à cette problématique de l'éducation des filles.
Cet ouvrage qui retrace la problématique de la scolarisation de la jeune fille au Burkina, s'inspire d'une thèse qui a fait l'objet d'une soutenance par l'auteur en 2011 à l'Université d'Oxford de Londres (Royaume Uni). « Vaincre les obstacles liés à l'éducation des filles ». C'est ce thème qui a guidé Philippe Ouédraogo à identifier des facteurs socioculturels, religieux, économiques et géographiques qui annihilent toutes les initiatives tendant à faciliter l'accès des filles à l'école. L'impétrant qui a voulu mettre plus largement à profit sa recherche, l'a consignée sous forme de livre.
Dans cet ouvrage, Philippe Ouédraogo décrit, comme mesures palliatives, comment les groupes chrétiens et religieux peuvent contribuer à l'éducation des filles et des femmes, en vue de leur participation à la croissance socio-économique du Burkina. Dans le contexte burkinabè, l'auteur dont l'ouvrage a été édité en anglais, a épinglé, entre autres, les travaux ménagers et champêtres, le mariage précoce et forcé, la pauvreté de la famille, la sous-alimentation, comme barrières à l'instruction de la fille.
Du constat de Philippe Ouédraogo, les filles en milieu rural sont considérées comme une main d'oeuvre et leur instruction comme un investissement non profitable, un obstacle au mariage forcé. L'absence de consciences de certaines églises sur l'avantage de l'éducation des filles vue par l'auteur ne favorise guère l'endiguement du phénomène. « Il y a un manque de vision de la part de certains responsables d'églises pour l'éducation des filles et des femmes qui n'est pas comprise de la même manière par toutes les églises. »
D'autres corollaires tels que la situation géographique de l'école, c'est-à-dire, la distance ralliant l'école au village de l'enfant, le manque de cantine scolaire, affecteraient négativement l'école des filles et des garçons et renforceraient la déperdition scolaire. C'est pourquoi dans son oeuvre, le Dr a fait des ébauches de solutions, à même, s'assure-t-il, de contribuer à l'amélioration du système éducatif burkinabè, particulièrement l'accès de toutes les filles à l'école. Pour ce pédagogue, les gouvernements locaux se doivent d'établir des partenariats solides avec les ONG nationales et les églises qui sont déjà actives dans l'éducation.
Il a cité en exemple, l'Association évangélique d'appui au développement (AED), qui par ce partenariat avec l'administration locale dans le domaine de l'éducation et de la santé, a beaucoup fait. 5 000 enfants, soit 65% de filles seraient scolarisés chaque année par cette structure, sans discrimination religieuse et de genre. Ce partenariat doit être renforcé au niveau décentralisé, des provinces et régions, de l'analyse du pasteur. « Les autorités provinciales de l'enseignement doivent travailler étroitement avec les comités scolaires pour aider à offrir une éducation de qualité », conseille-t-il.
Somme toute, l'auteur entend par cette recherche indépendante, appuyer d'autres recherches pour informer les décideurs et leurs partenaires en éducation, de la nécessité d'une grande implication dans l'éducation des filles et des femmes. Ayant apprécié un tel travail, le ministère de l'Education nationale et de l'alphabétisation (MENA) était à la dédicace de l'oeuvre.
« C'est un travail qui a été bien fait et qui donne un plus à notre vision de l'éducation et notre stratégie pour l'éducation pour tous », dira Zakaria Tiemtoré, ministre délégué à l'Alphabétisation et à l'éducation non formelle, assisté de ces plus proches collaborateurs. L'ouvrage dont la version française sera aussi traduite dans les prochaines semaines, vise également, selon son auteur, à faire découvrir davantage le Burkina par le monde anglophone.
Par Armel Ilboudo
| < Précédent | Suivant > |
|---|










