Selon deux études présentées aujourd’hui (lundi) à la 26e Conférence annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie, les femmes de différents âges ont différentes raisons de souhaiter une congélation de leurs ovules. Un grand nombre d’étudiantes universitaires seraient prêtes à faire congeler leurs ovules afin d’essayer d’allier le succès professionnel et la maternité, a déclaré le Dr Srilatha Gorthi, chercheuse attachée au Leeds Centre for Reproductive Medicine, Leeds, Royaume-Uni, ajoutant que les recherches de son équipe avaient souligné l’importance d’informer les jeunes femmes sur leur horloge biologique afin qu’elles puissent prendre des décisions éclairées sur leur future reproduction.
Le Dr Gorthi a étudié 98 étudiantes en médecine (groupe A) et 97 étudiantes en pédagogie et sport (groupe B) de l’Université de Leeds. Elles ont été informées sur la congélation des ovules, y compris sur le fait qu’elles auraient à financer elles-mêmes la congélation de leurs ovules.
L’âge moyen dans les deux groupes était de 21 ans, dans une gamme de 18 à 30 ans ; 63,3 % des étudiantes en médecine n’étaient pas dans une relation de couple, contre 25,8 % dans le groupe B, ce qui reflétait sans doute le niveau d’engagement et le temps exigés par leurs études. Tandis que 85,7 % du groupe A ont déclaré qu’elles seraient prêtes à repousser la fondation d’une famille, 49,5 % seulement du groupe B ont dit qu’elles pourraient envisager cela. Dans le groupe A, huit femmes sur dix ont déclaré qu’elles se soumettraient à un prélèvement et à la congélation d’ovules, contre moitié moins (quatre sur dix) dans le groupe B. Dans le groupe A, 85,3 % étaient prêtes à se soumettre à trois cycles de prélèvement afin de conserver suffisamment d’ovules pour avoir une chance réaliste de grossesse. En revanche, la majorité (79 %) de celles qui étaient prêtes à conserver leurs ovules dans le groupe B ont dit qu’elles ne se soumettraient qu’à un seul cycle de prélèvement d’ovules. « Des considérations relatives à la carrière étaient la raison la plus fréquente donnée pour le retardement de la fondation d’une famille dans le groupe A, suivies par la stabilité financière et le mariage ou un couple stable », a rapporté le Dr Gorthi. « Toutefois, dans le groupe B, la stabilité financière arrivait en première place, suivie par un couple stable, et ensuite par des raisons de carrière. Nous pensons que c’est la première fois que l’attitude des jeunes femmes envers la congélation d’ovules a été étudiée de cette manière. »
La congélation d’ovules est encore une technologie assez récente ; la femme doit se soumettre à un cycle de traitement de FIV, qui prend deux à quatre semaines et comporte certains risques : hyperstimulation ovarienne, hémorragie, infection et un effet possible, quoique faible, sur la fertilité naturelle future. Il y a quelques années encore, la congélation d’ovules était largement réservée aux femmes subissant une chimiothérapie contre le cancer, parce que les chances qu’un ovule survive au processus de congélation lente et de décongélation n’étaient que de 2 %. A l’heure actuelle, grâce à de nouvelles techniques telles que la vitrification, où les ovules sont congelés très rapidement après élimination de l’eau qu’ils contiennent, les ovules congelés sont aussi bons que les frais. Les femmes semblent avoir une chance réaliste de reporter la maternité à plus tard si elles le souhaitent, pareillement aux hommes. Le coût moyen de la congélation d’ovules est d’environ 3000 £ par tentative, et jusqu’à trois cycles peuvent être nécessaires pour certaines femmes afin de cryoconserver une bonne quantité d’ovules.
A une époque où les femmes retardent de plus en plus le moment d’avoir un enfant jusqu’à la fin de la trentaine ou même la quarantaine, les cliniques proposant la congélation d’ovules ont besoin d’informations sur les attitudes et attentes des jeunes femmes afin de les conseiller pour le mieux. « Il est devenu en vogue de proposer la congélation aux femmes pour des raisons sociales, notamment à celles qui se préparent à faire carrière ou qui n’ont pas encore trouvé leur Prince Charmant, comme une espèce d’assurance pour leur vie future. La recherche a prouvé que les ovules jeunes ont une meilleure compétence génétique que les plus âgés, et la chance que la congélation d’ovules fonctionne bien décline également avec l’âge. Alors que les meilleurs résultats sont probablement obtenus chez les femmes de moins de 30 ans, ce sont en réalité surtout des femmes à la fin de la trentaine qui demandent une congélation d’ovules », a affirmé le Dr Gorthi.
« Les femmes sont toujours encore mal informées sur l’âge auquel elles peuvent fonder une famille, la probabilité du succès du traitement et le nombre d’ovocytes qu’il faut prélever et congeler afin d’obtenir une chance réaliste d’un succès futur. Il faut fournir des informations précises aux femmes qui envisagent de se soumettre à cette procédure et les conseiller à propos des avantages et des limites de la congélation d’ovocytes en comparaison avec d’autres options. Cela leur permettra de prendre la décision qui convient à leur situation », a-t-elle déclaré. « De plus, le soutien de la société doit être assuré aux jeunes femmes qui choisissent d’avoir une famille lorsqu’elles y sont prêtes sans compromettre leur carrière. L’expérience des cliniques qui proposent une congélation d’ovules pour des raisons sociales montre que l’emploi d’ovules congelés est considéré comme le dernier recours lorsque les femmes ne réussissent pas à concevoir naturellement », a dit le Dr Gorthi.
Dans une deuxième étude, le Dr Julie Nekkebroeck*, psychologue au Centrum voor Reproductieve Geneeskunde (CRG) de l’UZ Brussel, Bruxelles, Belgique, a constaté qu’un groupe de femmes avec éducation supérieure et sécurité financière d’un âge moyen tout juste supérieur à 38 ans avait demandé une congélation d’ovules parce qu’elles n’avaient pas encore trouvé le partenaire avec lequel elles voulaient avoir des enfants. Le Dr Nekkebroeck et ses collègues ont interrogé les 15 candidates à la congélation d’ovules afin de tirer au clair les raisons qui les amenaient à vouloir se soumettre à cette procédure.
« Nous avons constaté qu’elles avaient toutes eu des partenaires par le passé, et que l’une était dans une relation de couple, mais qu’elles n’avaient pas réalisé leur désir d’avoir un enfant parce qu’elles pensaient qu’elles n’avaient pas trouvé l’homme qu’il fallait », a-t-elle exposé. Les femmes ont appris la possibilité de faire congeler leurs ovules par Internet ; auparavant, 46,7 % d’entre elles avaient pensé à devenir une mère célibataire par recours à un don de sperme, et 26,7 % avaient envisagé d’adopter un enfant ou de rester sans enfant. Les principales raisons d’opter pour la congélation d’ovocytes étaient de relâcher la pression d’avoir à trouver le bon partenaire (53,3 %) et de donner à une future relation de couple davantage de temps pour s’épanouir avant d’exprimer leur désir d’enfant (26,7 %), tandis que pour 33 %, cela représentait une assurance contre une infertilité future. Toutes les 15 candidates avaient parlé de leurs intentions avec leur famille et leurs amis proches, et aucune d’elles ne s’était sentie découragée par son entourage.
Parmi les 15 femmes, 53,3 % considéraient que les coûts constituaient un inconvénient du traitement, et 26,7 % que l’emploi d’hormones était un facteur de dissuasion. Malgré cela, toutes acceptaient la nécessité de se soumettre au traitement alors qu’elles étaient encore en bonne santé et fertiles, et étaient également prêtes à répéter le traitement au moins deux fois. « L’âge moyen auquel les femmes pensaient qu’elles utiliseraient leurs ovocytes congelés était de 43,4 ans, un âge où, pour la plupart des femmes, il est très difficile de parvenir à une conception spontanée. Mais si elles devaient trouver un partenaire qui convient, la majorité préféreraient essayer de concevoir spontanément plutôt que d’avoir recours à une FIV avec du matériau frais ou, en dernière instance, d’utiliser leurs ovocytes congelés », a déclaré le Dr Nekkebroeck.
Si les femmes ne devaient pas avoir besoin de leurs ovocytes, 46,7 % ont dit qu’elles en feraient don à la recherche scientifique, 13,3 % en feraient don à une autre femme, et 26,7 % ne savaient pas ce qu’elles en feraient.
« Nous avons l’intention de continuer à interroger ces femmes afin de confirmer nos résultats préliminaires, et organiserons également des entretiens de suivi après le prélèvement et la congélation des ovules, et lorsqu’elles reviendront à l’hôpital pour reprendre et utiliser leurs ovules vitrifiés. Parce que les femmes viennent tout juste d’accéder à cette méthode efficace pour préserver leur fertilité, nous pensons que nos résultats viendront enrichir le débat en cours sur la congélation d’ovules pour des raisons sociales. De telles recherches semblent indiquer que la congélation sociale pourrait être ajoutée à la liste des mesures préventives à prendre contre une future sous-fertilité des femmes due à l’âge, à côté des campagnes de sensibilisation aux questions de fertilité, mais seulement à condition que ces femmes soient convenablement conseillées et informées à propos des taux de réussite, des frais, de la procédure de traitement, etc. », a conclu le Dr Nekkebroeck.
Auteurs : Dr Srilatha Gorthi et du Dr Julie Nekkebroeck
Rédaction : Mary Rice, Emma Mason, Hanna Hanssen, Elisa Marcellini
Source : AWID
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