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Lee Ann Holtschulte

Washington – Le mois dernier, malgré mes doutes et mes incertitudes, j’ai embarqué pour l’Egypte, sur un vol que j’avais réservé des mois avant la révolution. J’ai atterri dans un pays magnifique, touchant, culturellement riche, et dont les habitants sont dotés d’une gentillesse extraordinaire, malgré les événements qui viennent de s’y dérouler.

On dit que la liberté a un prix. Mais ce prix peut revêtir plusieurs formes. Pendant la révolution, on a souvent parlé des 380 personnes qui y ont laissé leur vie, comme étant le terrible prix à payer. Mais, depuis, il me semble évident que les conséquences économiques de la révolution entrent aussi en ligne de compte et constituent un lourd fardeau que les Egyptiens doivent porter au quotidien. Les principaux sites touristiques comme les Pyramides de Gizé ou la cité de Luxor sont désertés. J’ai remarqué que certains commerces ont carrément fermé et que les commerçants, inquiets, attendent impatiemment le retour des touristes.

Tout en exprimant à quel point il se réjouissait de la nouvelle Egypte, libre, mon chauffeur de taxi cairote - instituteur pendant le reste de la journée – m’a dit qu’il espérait toutefois un rapide retour à la normalisation. Lorsqu’on est arrivé vers la Place Tahrir, j’ai remarqué l’absence de la police autrefois omniprésente. Au lieu de policiers, de simples citoyens surveillent les rues et règlent la circulation.

La foule de ces dernières semaines a énormément diminué en comparaison aux masses de manifestants que j’avais vues à la télévision, cependant, des milliers de personnes continuent à se retrouver sur cette place tous les vendredis, pour commémorer les vies sacrifiées et pour célébrer leur nouvelle liberté. La Place Tahrir est remplie d’énergie positive et l’on peut apercevoir les couleurs du drapeau égyptien flotter de toutes parts. Me retrouver sur cette place a été de loin le moment le plus émouvant de mon séjour : j’y ai éprouvé un véritable sentiment d’humilité à la vue de la joie ambiante.

Quand j’ai demandé à un habitant du Caire de me décrire ce que ce soulèvement avait eu de plus exaltant, il m’a répondu : « Jamais auparavant, les Egyptiens n’avait perdu puis retrouvé leur pays ; il n’y a pas de mot pour décrire ce sentiment ». Face à cette réponse, tout ce que j’ai trouvé à dire c’est : « Mabrouk ! » (félicitations en arabe) avec un grand sourire. Tout le long de mon séjour, j’ai été bien reçue et enchantée de participer à ces festivités historiques. Ceux qui continuaient à célébrer leur victoire sur la Place Tahrir ont été agréablement réceptifs à mes encouragements et heureux de revoir une touriste au Caire.

Durant la journée, la Place Tahrir a tout d’un carrefour ordinaire, avec des piétons qui se frayent un chemin dans le flot incessant des voitures. Le matin, vous y trouverez des gens pressés et d’autres qui y boivent leur thé. On y trouve des éboueurs affairés à balayer le trottoir et à vider les poubelles. D’ailleurs, j’ai vu un homme d’affaire cairote donner un pourboire à l’un d’entre eux pour le remercier de faire en sorte que les rues soient à nouveau propres. Il me semble que les Egyptiens n’ont jamais été aussi fiers de leur pays, de leurs villes et de leurs rues. Les éboueurs de la Place Tahrir ne semblent pas seulement nettoyer les trottoirs et les poubelles, on dirait qu’ils balaient toute réminiscence du régime Moubarak.

La nouvelle Egypte appartient à tous ; on le sent bien. Quand j’ai dit à un ami, qui est professeur au Caire, qu’en dépit de la courte durée de ma visite, j’ai été marquée à jamais, par la beauté, la passion et la force de l’Egypte, il m’a répondu : « J’aime le fait que tu aimes notre pays. Comme désormais, nous avons le sentiment que le pays nous appartient, tout cela, [ce genre de commentaires chaleureux ], nous va droit au cœur. »

En visitant la cité ancienne de Luxor, dans la partie sud de l’Egypte, je me suis arrêtée devant un restaurant désert. J’ai décidé de ne pas y manger, vu le manque d’ambiance mais un homme transporté de joie m’a arrêté, plein d’enthousiasme, avant que je ne puisse quitter les lieux. Il a ouvert les portes fermées du restaurant, en m’expliquant qu’il en était le propriétaire, et s’est excusé aussitôt de ne pouvoir m’offrir que des œufs. Avant que je puisse objecter, il a traversé la rue et enfourché sa moto. Dix minutes plus tard, il était de retour avec les ingrédients pour mon repas. Il a cuisiné et m’a apporté mon plat, joliment présenté, et m’a confié par la suite qu’il espérait revoir plus de touristes.

Ce que les Egyptiens ont réussi à accomplir a inspiré tous les peuples cette région du monde. Pendant que les soulèvements se poursuivent dans les pays voisins, la réussite des Egyptiens et les défis qu’ils ont récemment relevés servent d’exemples pour tous ceux qui cherchent comme eux, à parvenir à des réformes économiques et démocratiques. L’engagement des Egyptiens, qui ont fait d’énormes sacrifices, et leur passion pour une Egypte libre, est une véritable source d’inspiration et une leçon d’humilité.

En Amérique, on nous apprend que la liberté n’est pas gratuite. Or, moi qui suis américaine, il m’est presque impossible d’imaginer la force et le courage dont il faut faire preuve pour se battre ainsi et défendre ses droits. De toute évidence, l’Egypte a montré que cette liberté-là en valait la peine, même si le prix à payer était cher.


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*Lee Ann Holtschulte poursuit une maîtrise en relations internationales, dans le domaine de la paix et de la résolution de conflits, à la School of International Service de l’American University. Article rédigé pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews) 8 avril 2011, www.commongroundnews.org.
Reproduction autorisée

 

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