A la hauteur du “déshonneur� qu’ont suscité les propos qu’il a tenus vendredi 15 avril, lorsqu’il a dénoncé la “mixité illégale entre sexes� lors des manifestations anti-régime (la transcription du discours en anglais). Des dizaines de manifestantes anti-régime ont d’ailleurs décidé de porter plainte pour “diffamation� et “calomnie� contre le président Saleh et les instigateurs de campagnes médiatiques dans lesquelles elles ont été dépeintes comme des “débauchées�.
“Ô gouvernement idiot, la fille du Yémen est honorable�, chantent des femmes lors d’une manifestation à Sanaa le 16 avril 2011.
Un discours d’autant plus mal accueilli qu’Ali Abdallah Saleh, promoteur d’un “féminisme d�Etat� comme le note le professeur américain Juan Cole sur son blog Informed Comment, n’est pas connu pour sa pratique rigoureuse de l’Islam. Depuis les révélations faites par Wikileaks, plus personne au Yémen ne semble ignorer son goût prononcé pour le whisky. Pour la blogueuse Woman from Yemen, la sortie du président Saleh n’est rien d’autre qu’“une nouvelle tactique politique pour tenter d’étouffer les manifestations pour le changement�. D’autant que la majorité des manifestantes a, pudeur oblige, défilé dans les rues, drapées de leurs longs voiles noirs.
Son discours pourrait bien être un appel aux salafistes afin de “gagner leur soutien ou éventuellement de les retourner contre les manifestants�, estime la blogueuse qui note que ces derniers avaient autorisé la mixité dans les manifestations “pour le bien de la révolution�. Pour les spécialistes de l’Islam du blog Tabsir, “ce dernier stratagème rhétorique est un nouveau signe de son départ imminent (…). Quand votre opposition est composée des principaux partis islamiques du pays, suggérer que ces derniers se comportent de façon ‘peu islamique’ ne risque pas de s’avérer très convaincant. Le principal parti religieux, Al-Islah (…) bénéficie d’un large soutien parmi les femmes yéménites�.
Sur la page Facebook du groupe Yemen Rights Monitor : “Arwa Othman, Hoda Al Tas, Jamila Ali Raja, Wadad Al Badwi et Sara Jamal - des femmes- ont été frappées pour avoir manifesté avec les hommes�.
Toutefois, son discours n’a pas été sans incidence : au cours des derniers jours, des extrémistes islamistes ont commencé à interdire aux femmes libérales de manifester avec les hommes, rapporte le blogueur Nasser Arrabyee. Au moins quatre militantes ont été frappées et huit hommes arrêtés par des extrémistes du parti islamiste d’opposition Al-Islah et les troupes séditieuses de la première division blindée du général Ali Mohsen pour avoir manifester ensemble samedi devant l’université de Sanaa, ajoute-t-il. “Un dangereux précédent d’autant que les hommes et les femmes ont travaillé côte à côte depuis le début�, regrette la blogueuse Woman from Yemen.
Ayant réussi à imposer peu à peu leur présence dans le mouvement de contestation qui a gagné le Yémen en février, les femmes ont voulu motiver à nouveau leur détermination à être du combat pour le changement. “Traditionnellement, au Yémen, les femmes n’ont littéralement pas le droit de faire entendre leur voix (…). Mais désormais, dans les manifestations, cela est très bien accueilli (…) Tout le monde se rend compte que oui, nous avons une voix et le rôle des femmes dans ce soulèvement s’accroît de jour en jour alors que nous entrons dans une nouvelle ère de liberté pour tous�, racontait le 30 mars la blogueuse yéménite Afrah Nasser dans un post de blog.
Lors de la marche des femmes du 16 avril 2011 : “les femmes avec les hommes. Notre révolution est une révolution de combat�.
Leur présence s’est imposée progressivement : d’une dizaine de femmes présentes place de la Libération au début des manifestations, leur nombre a été multiplié et désormais, quatre grandes tentes réservées aux femmes ont été installées sur la place, rapporte le quotidien Yemen Times. Certaines ont en cela montré la voie, à l’instar de Farida Al-Yarimi, une mère de cinq enfants âgée de 47 ans, non sans choquer les hommes de cette société très conservatrice. “Les manifestantes viennent de tous les secteurs de la société yéménite - des femmes non voilées, comme moi, et d’autres qui sont plus conservatrices�, précise Afrah Nasser.
Mais, la plupart des manifestantes ont plus de quarante ans car beaucoup de familles empêchent encore à leurs filles de manifester. Pour la jeune Afrah Nasser, manifester est donc un double combat. “On a le sentiment de se révolter contre nos parents également. C’est une double révolution, dans nos maisons autant que sur la place de la Libération�, commente-t-elle.
@WomanfromYemen : la militante Salma Sabra a déclaré : “Les femmes ont toujours été fortes au Yémen, et nous n’accepterons pas d’être devaluées par notre dirigeant�
Pour ces femmes, le combat doit se faire aux côtés de leurs “frères�. Afrah Nasser partage ainsi dans un autre post le bonheur d’avoir participé à “la manifestation des hommes� le mercredi 13 avril à Sanaa. Près d’un million d’hommes et de femmes avaient manifesté séparément ce jour là . “Je l’ai fait ! C’était un sentiment incroyable… Rien ne m’est arrivé, si ce n’est des regards de respect et d’attention de la part des manifestants hommes (…)�.
Et Woman from Yemen de lui répondre : “Moi, je l’ai fait deux fois la semaine dernière et c’était super. On a un sentiment de pouvoir et tout le monde était très respectueux. Malheureusement, quand je me suis joint à un plus grand groupe de femmes qui voulait manifester avec eux, les hommes, ça s’est passé totalement différemment. Nous n’avons pas été ‘autorisées’ (…) C’est très regrettable que nous ayons désormais des manifestations de femmes et des manifestations d’hommes. Depuis le début de la révolution, nous avons manifesté côte à côte, frères et sœurs ensemble. Pourquoi ce changement ?�.
Pour le yéménite Dia Sparkle (MeInDenmark), “il est désormais impératif que les manifestations soient mixtes non seulement pour la signification que cela revêt mais aussi pour fonder des valeurs et des concepts neufs pour le nouveau Yémen dans lequel les femmes puissent regagner les droits qu’elles ont perdus�.
Le président Saleh a également bien compris l’intérêt de mobiliser ses soutiens féminins. Changeant de discours, il a affirmé dimanche devant un parterre de sympathisantes que les femmes avaient les mêmes droits et libertés que les hommes pour contribuer au développement de leur pays, rapporte le blogueur Nasser Arrabyee.
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