Aboubacar Demba Cissokho
"Il y a beaucoup de femmes artistes qui font un travail fabuleux mais le problème qu'il y a c'est un manque de visibilité et de communication. On ne les connaît pas, on ne voit pas leur travail, on ne les met pas en avant", a-t-elle dit à l'envoyé spécial de l'APS à la cinquième édition du Festival international du film de femmes de Salé.
"Elles méritent d'être connues, que leur travail soit connu du grand public, parce que ça permettrait au public de pouvoir avoir une réflexion et se dire qu'on peut voir les choses d'une façon différente", a ajouté Selma Bargach dont le premier long métrage, "La 5-ème Corde", sort le 5 octobre prochain au complexe Megarama à Casablanca.
Pour la cinéaste, "c'est toujours l'homme qui a été mis en avant. La femme a toujours été en retrait". "Celles qui ont la possibilité de s'exprimer à travers la création artistique permettront à la société et aux autres femmes - qui restent enfermées dans leurs clichés et stéréotypes - ...
"Les choses évoluent malgré des périodes de recul", a poursuivi Selma Bargach, estimant qu'il est "aussi nécessaire de passer par des périodes difficiles pour comprendre ce qui se passe et aller de l'avant".
Priée de dire si le fait d'être une femme influe sur la manière d'aborder le travail de création, la réalisatrice a affirmé : "Ça doit jouer. L'expérience féminine n'est pas l'expérience masculine. On a une sensibilité différente par rapport à notre société, à notre tradition, à notre vécu".
"On n'a pas le même rapport aux choses", a-t-elle insisté, estimant toutefois que "cela ne veut pas dire qu'un homme ne peut pas être plus sensible qu'une femme".
Selma Bargach a ajouté : "Je veux dire que notre rapport à l'histoire, notre rapport à l'éducation vont forcément nous faire voir les choses d'une façon différente. C'est intéressant. Il faut qu'il y ait beaucoup de regards féminins pour qu'il y ait un certain équilibre".
"Cette diversité des regards apporte un plus, c'est certain", a-t-elle indiqué, relevant, en référence au festival de Salé, que "les festivals de femmes sont importants". "J'espère qu'un jour il y aura autant de films de femmes que de films d'hommes sans se poser des questions sur l'auteur pour parler de l'émotion qu'on ressent".
Selma Bargach est convaincue que l'art est "un des moyens de faire bouger des choses". "Il (l'art) est plus que nécessaire parce qu'il permet de trouver des solutions auxquelles on n'a pas pensé. On ne trouve pas des solutions parfois parce qu'on est toujours dans des schémas habituels. Le fait d'être dans la création peut aider à trouver des solutions différentes", a-t-elle indiqué.
Sur son parcours personnel, elle a dit que ses parents, "aujourd'hui fiers" de son travail, étaient réticents au début face à son choix d'embrasser un métier artistique. "Les parents veulent que vous ayez une vie plus confortable, le cinéma étant un métier difficile et contraignant. On est dans une société assez patriarcale. Ce n'est facile pour les femmes. C'est encore plus difficile dans le domaine de l'art."
Avant de réaliser son premier long métrage, "La 5ème Corde", Selma Bargach a été assistant-réalisateur sur plusieurs films marocains. Elle a soutenu en 1997 une thèse sur le statut et le rôle de la femme dans le cinéma marocain.
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